Passer au contenu principal

COMAC C919 : un document attribué à China Southern Airlines relance les doutes sur la fiabilité de l’appareil


Publié le : 10 août 2026 à 08h56


L’essentiel

– Un document non authentifié, attribué à China Southern Airlines et daté du 27 mai 2026, fait état de plusieurs défauts techniques sur des C919 récemment livrés.
– Le programme C919 traverse une période de tensions industrielles, avec seulement 15 livraisons en 2025 contre un objectif initial de 75, en partie lié à la suspension des exportations de moteurs LEAP-1C par CFM International mi-2025.
– Le C919 ne dispose que d’une certification CAAC ; une certification européenne (AESA) ne serait pas attendue avant trois à six ans.

Un document présenté comme une lettre interne de la branche Engineering and Technology de China Southern Airlines, daté du 27 mai 2026, circule depuis début août et fait état de plusieurs défauts techniques sur des C919 récemment livrés. Ni China Southern Airlines ni COMAC n’ont confirmé l’authenticité de ce document, qui alimente néanmoins les interrogations sur la fiabilité du premier monocouloir chinois, dans un contexte où le programme peine déjà à tenir ses objectifs de cadence industrielle.

Le document, qui porterait un sceau et serait adressé à la Commercial Aircraft Corporation of China (COMAC), a été rendu public le 3 août par le média The Epoch Times, basé aux Etats-Unis, avant d’être repris par plusieurs sites en langue chinoise puis par la presse aéronautique internationale. Selon ce texte non authentifié, des ingénieurs auraient constaté plusieurs anomalies sur deux C919 récemment livrés : des fuites d’huile dans le compartiment sec de l’aile, des supports de boucles de détection incendie endommagés, un panneau de volet détaché, des vannes anti-givre bloquées et un panneau électrique de l’office arrière brûlé. Certains de ces défauts auraient déjà été repérés lors des essais de livraison avant de réapparaître en exploitation commerciale.

Une demande de transparence

Le document demanderait à COMAC de communiquer plus clairement sur les défauts déjà identifiés et de proposer des plans d’action correctifs, plutôt que d’annoncer une mesure d’urgence. Aucun régulateur n’a émis de consigne de navigabilité ni ordonné d’immobilisation au sol des C919 en lien avec ces allégations. Si les faits venaient à être confirmés, ils relèveraient à ce stade de problématiques de fiabilité et de maintenance plutôt que d’un enjeu de navigabilité avéré à l’échelle de la flotte.

Du côté officiel chinois, les signaux resteraient au contraire positifs : fin mai 2026, China Southern Airlines aurait achevé la première grande visite de maintenance (C-check) d’un de ses C919, mobilisant près de 6 000 heures de travail sur une vingtaine de jours, à l’issue de laquelle l’ensemble des données techniques aurait été jugé conforme, rapportent les médias officiels chinois. L’appareil serait rapidement revenu en exploitation, et l’utilisation quotidienne des C919 chinois continuerait de progresser.

Un contexte de tensions industrielles déjà installées

Cette affaire survient alors que le programme C919 traverse une période difficile sur le plan industriel. COMAC n’a livré que 15 exemplaires en 2025, bien loin de l’objectif initial de 75 appareils, ramené en cours d’année à 28. La cadence serait restée limitée sur les premiers mois de 2026, avec seulement cinq livraisons entre janvier et avril selon des données compilées par la presse spécialisée. Ces retards s’expliqueraient notamment par la suspension, à la mi-2025, des exportations de moteurs LEAP-1C par CFM International, ainsi que par des pénuries de main-d’œuvre qualifiée affectant la chaîne de production.

China Southern Airlines reste l’un des plus importants opérateurs du programme, avec une commande portant sur 100 exemplaires et des livraisons prévues jusqu’en 2031. La compagnie exploitait une douzaine de C919 fin juillet 2026. Sur le plan de la certification internationale, le C919 ne dispose à ce jour que d’une certification de la CAAC chinoise : l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) mène des vols d’évaluation à Shanghai depuis janvier 2026, mais une certification complète ne serait pas attendue avant trois à six ans, ce qui continue de cantonner l’appareil au marché intérieur chinois et à quelques marchés asiatiques ayant reconnu directement les standards de la CAAC.