Boeing démantèle un 777X n’ayant jamais volé

Publié le : 27 juillet 2026 à 11h00
L’essentiel
Six ans après son entrée en service initialement prévue, le 777X continue d’accumuler les mauvaises nouvelles pour Boeing. Le constructeur américain a discrètement démonté l’un de ses tout premiers exemplaires de 777-9, n’ayant jamais volé, plutôt que d’engager les coûts nécessaires à sa remise aux normes de certification actuelles.
L’appareil en question, connu sous le numéro 1611 et la désignation d’usine WH007, était le septième 777-9 jamais assemblé. Sorti d’usine en juillet 2019, il devait initialement rejoindre Emirates et portait d’ailleurs déjà les couleurs de la compagnie sur ses extrémités d’ailes repliables. Il n’a toutefois jamais volé, restant stocké près de six ans sur le site de Paine Field, avant d’être démonté à l’été 2025. Boeing a confirmé la nouvelle sans préciser la date exacte du démontage, indiquant simplement que l’appareil avait déjà été passé en perte dans ses résultats financiers.
Un problème de mise aux normes qui touche une quarantaine d’appareils
Le processus en cause, appelé « change incorporation », consiste à mettre à niveau des avions déjà construits pour les faire correspondre à la configuration finale certifiée. Le 777X ayant connu bien plus de modifications que la plupart des programmes depuis son lancement, en raison d’essais en vol et d’exigences supplémentaires de la FAA, chacun des appareils déjà assemblés doit donc être repris pour intégrer ces changements. Seulement Boeing aurait déjà construit une quarantaine d’exemplaires de 777X, tous concernés à des degrés divers par ces travaux de reprise, dont le coût n’a pas été communiqué. De manière générale, plus un appareil est ancien, plus les travaux nécessaires sont importants, ce qui a pesé dans la décision de démonter WH007 plutôt que de le remettre à niveau.
Cette situation fait écho au refus déjà exprimé par Emirates de récupérer une dizaine de ses premiers 777X, une position que nous évoquions dans un précédent article. Premier client du programme avec 270 appareils commandés, soit environ la moitié du carnet de commandes passagers du 777X, Emirates pèse lourd dans ce type de décision.
Boeing est en terrain connu. L’avionneur avait en effet déjà connu un scénario comparable avec ses premiers 787 Dreamliner, surnommés les « Terrible Teens », des appareils nécessitant des années de travaux de reprise coûteux, revendus à prix cassés, voire jamais mis en service : un 787-8 totalisant seulement 13 heures de vol a d’ailleurs été démantelé plus tôt cette année.
Sept ans de retard et plus de 15 milliards de dollars de surcoûts
Lancé en 2013, le 777X devait initialement entrer en service dès 2020. Le calendrier a depuis été repoussé année après année, au fil d’une série d’obstacles techniques et réglementaires : fissures détectées sur des pièces de liaison de moteur, problèmes de commandes de vol, défaillance de porte cargo pendant les essais…
Boeing a affirmé début 2026 viser une entrée en service en 2027, avec Lufthansa comme client de lancement, mais les dernières déclarations de l’administrateur de la FAA suggèrent que la certification elle-même pourrait encore glisser plus tard dans l’année, le 777-9 devant être traitée après les certifications des 737 MAX 7 et MAX 10.
Selon Reuters, Boeing a déjà comptabilisé plus de 15 milliards de dollars de charges sur l’ensemble du programme.



