
JetZero : le pari du « fuselage intégré » qui veut bousculer le duopole Airbus-Boeing

JetZero : le pari du « fuselage intégré » qui veut bousculer le duopole Airbus-Boeing
Financée par United, Delta et Alaska Airlines, soutenue par l’US Air Force, la start-up californienne JetZero avance à marche forcée sur son avion à fuselage intégré, le Z4. Entre un premier vol démonstrateur attendu en 2027 et une usine géante déjà en construction en Caroline du Nord, l’entreprise mise sur une promesse ambitieuse : jusqu’à 50 % d’économie de carburant par rapport aux avions actuels. Reste à savoir si le concept, étudié depuis des décennies sans jamais avoir été commercialisé, tiendra ses promesses.
Dans un hangar du désert de Mojave, en Californie, une équipe d’ingénieurs assemble actuellement ce qui pourrait devenir l’un des concepts aérodynamiques les plus significatifs de l’aviation commerciale depuis des décennies. Contrairement aux avions classiques à fuselage cylindrique et ailes rapportées, la configuration « à fuselage intégré » (blended-wing-body) de JetZero fond la cellule et les ailes en une seule surface portante continue, réduisant la traînée aérodynamique et améliorant le rendement énergétique.
Un avion pensé pour le « milieu de gamme »
Le Z4, appareil prévu pour 250 sièges et une autonomie de près de 9 300km, cible directement le segment intermédiaire du marché, aujourd’hui dominé par Airbus et Boeing, avec l’ambition de remplacer à terme des appareils vieillissants comme les Boeing 757 et 767. Selon JetZero, la configuration « tout-aile » permettrait de réduire la consommation de carburant jusqu’à 50 % par rapport aux avions actuels, tout en s’appuyant sur des technologies matures plutôt que sur une nouvelle motorisation : seule la cabine passagers sera pressurisée, les réservoirs de carburant occupant des sections de l’appareil normalement inexploitées sur une conception classique.
Le prototype grandeur nature, assemblé par Scaled Composites (filiale de Northrop Grumman) à l’aéroport et base spatiale de Mojave, doit voler dès 2027, propulsé par des réacteurs Pratt & Whitney PW2040 déjà utilisés sur le Boeing 757. Le programme est par ailleurs partiellement financé par un contrat de 235 millions de dollars octroyé par l’US Air Force en 2023, qui y voit une technologie prometteuse pour de futurs avions ravitailleurs ou de transport militaire.
Une usine deux fois plus grande que le site Boeing d’Everett
Sans même attendre le résultat de ces essais en vol, JetZero a lancé la construction de sa première usine, un site de plus de 740 000 m² à l’aéroport international de Piedmont Triad, près de Greensboro, en Caroline du Nord. Le bâtiment sera deux fois plus grand que la principale usine Boeing d’Everett, dans l’État de Washington, où sont notamment assemblés les 777X et 787. L’investissement annoncé s’élève à 4,7 milliards de dollars, avec la création de plus de 14 500 emplois sur la décennie à venir.
Le choix de lancer la construction du site industriel avant même le premier vol du démonstrateur traduit une stratégie assumée par le PDG et cofondateur Tom O’Leary : mener en parallèle le développement, les essais en vol et l’industrialisation, plutôt que de les enchaîner.
Un calendrier de certification ambitieux, entre 2027 et le début des années 2030
JetZero vise une certification commerciale d’ici la fin 2030, pour une entrée en service espérée dans les tout premiers temps de la décennie suivante. Le déploiement à grande échelle resterait conditionné à la capacité de l’entreprise à lever suffisamment de fonds pour industrialiser sa production, une problématique à laquelle JetZero pourrait répondre en partie via une introduction en bourse, une option que son dirigeant dit étudier activement.
Des compagnies aériennes déjà engagées financièrement
Trois grandes compagnies américaines se sont positionnées derrière le programme. United Airlines a investi dès 2025 et signé un accord conditionnel pour l’achat de jusqu’à 100 Z4, avec des options pour 100 exemplaires supplémentaires, sous réserve que le démonstrateur vole bien en 2027 et que l’appareil réponde aux exigences de la compagnie. Delta Air Lines contribue de son côté au programme via son laboratoire interne dédié à l’aviation durable, tandis qu’Alaska Airlines, premier investisseur du programme, a réaffirmé son soutien lors de la cérémonie de lancement du chantier de Greensboro.
À l’occasion du salon de Farnborough, Japan Airlines a également fait savoir qu’elle suivait de près le développement du Z4, entrevoyant dans ce concept une réponse possible à ses besoins de flotte à moyen terme, sans toutefois s’engager financièrement à ce stade. JetZero a par ailleurs levé plus d’un milliard de dollars à ce jour, avec un nouveau tour de financement prévu avant la fin de l’année 2026.
Le scepticisme persiste chez les analystes
Malgré cet engouement industriel et financier, plusieurs experts du secteur continuent de s’interroger sur la viabilité commerciale du concept. Bjorn Fehrm, ingénieur aérospatial et analyste chez Leeham News, estime que les économies de carburant annoncées restent à prouver, et juge le concept davantage adapté à des usages militaires que passagers.
L’histoire du secteur invite d’ailleurs à la prudence : la NASA étudie ce concept depuis les années 1990, et Boeing avait lui-même fait voler un démonstrateur à échelle réduite, le X-48, entre 2007 et 2012, sans jamais le transformer en avion de série. JetZero n’est par ailleurs pas seule sur ce créneau : la start-up californienne Natilus développe elle aussi un appareil à fuselage intégré d’environ 200 sièges, directement positionné face au 737 MAX et à l’A320neo, avec un carnet de commandes qu’elle annonce à plus de 500 appareils sans toutefois en détailler les clients.


